Sujet : Tête en l'air

Sur la route de Ginza, nous poussons une porte et le ciel réapparaît, capturé sous une immense voûte d’acier : le Tokyo International Forum, sa nef de verre tendue comme la carène d’un navire. Devant nous, un couple avance sans hâte. Deux silhouettes paisibles sous l’arche, et la ville, un instant, se fait plus calme.

Ces pins, pourtant, n’ont rien laissé au hasard : depuis plus d’un siècle, des mains les courbent, les soutiennent et les redressent pour les guider vers le haut. Les tours de Marunouchi, elles, ont jailli en quelques saisons à peine. Tout les sépare, le temps long du jardinier et la hâte du bâtisseur ; pourtant un même élan les emporte vers le ciel.

L’avenue file droite entre les tours de verre du quartier d’affaires, si hautes qu’elles taillent le ciel en un mince bandeau. En contrebas, taxis et camionnettes glissent vers le prochain feu. Tokyo se montre ici sous son visage le plus ordonné, minéral et vertical.

À Akihabara, il suffit de s’écarter de l’avenue des salles de jeux pour retrouver le calme. En plein jour, cette ruelle vit au ralenti : un konbini à l’angle, des vélos appuyés contre les murs, des enseignes étroites qui grimpent le long des façades. C’est l’envers du quartier des bornes et des néons, plus ordinaire, presque paisible, là où le vacarme électronique se tait.

La Takeshita-dōri déroule ses boutiques roses et sucrées, crêpes débordantes et vitrines kawaii, ce goût japonais du mignon. La rue est animée sans être bondée, et l’on flâne entre une échoppe de barbe à papa et un konbini, au milieu d’adolescents venus de tout le Japon. Tout ici est jeune, criard et tendre à la fois.

Du haut d’une passerelle, l’avenue de Tokushima file droite entre les immeubles, baignée de la lumière dorée du soir. La circulation est fluide, la ville sans éclat ni prétention, simplement vivante. C’est une cité de province à taille humaine, où l’on respire mieux qu’à Tokyo.

Une vieille échoppe ouvre sur la rue, son noren orné d’un acteur de kabuki au regard noir, des fleurs en pot sur le seuil. À l’intérieur, on devine le fouillis d’un commerce ancien. Tokushima garde, dans ses ruelles, ces façades d’un autre temps.

Dans une rue tranquille d’Okazaki, un vieil immeuble dresse son escalier de métal bleu délavé. Loin des temples, le Kyoto ordinaire, sans âge et sans ambition.

Sous sa fenêtre à treillis de bois, elle aligne ses pots de plantes, modeste et soignée. Elle pose et je me pose.