Projet : 5 Langtang

C’est dans le massif du Mansiri Himal, à l’ouest, que les premiers sommets s’illuminent vers 6h30, dont l’imposant Manaslu à 8’163 m. Sur la gauche se trouvent l’Himalchuli (7’893 m) et, au centre, le large Ngadi Chuli (7’871 m, aussi appelé Peak 29, Dakura, Dakum ou Dunapurna). L’Himalchuli Ouest (7’540 m) est à peine visible tout à gauche, lui aussi au soleil.

J’aperçois au loin l’alpage de Nagthali (3’165 m), posé dans un îlot de lumière au milieu des versants encore noyés d’ombre. J’y serai dans six jours, après la boucle par le Langtang. Étrange rendez-vous donné à l’avance, à un point minuscule perdu dans l’immensité.
La montagne tiendra ses promesses : cette crête illuminée se révélera comme l’étape la plus émouvante de tout le trek.

Au matin du 9 décembre, la lune se couche doucement derrière les Annapurnas.

Beaucoup d’émotions et de gratitude : j’y étais dans le sanctuaire des Annapurnas le 10 décembre 1994. Au pied de l’Annapurna Sud (7’219 m), (tout à gauche sur la photo), du Machapuchare (6’993 m), de l’Annapurna Fang (7’647 m, sous la lune) et de l’Annapurna I (8’091 m, premier 8’000 jamais gravi, par Herzog et Lachenal en 1950, soit un an avant le voyage d’Ella Maillart).

Les autres sommets sur la photo, plus à droite : le Lamjung Himal (6’983 m), l’Annapurna IV (7’525 m) et l’Annapurna II (7’937 m).

Nous sommes maintenant le 25 avril 2015, je rédige mon blog quatre mois après mon voyage. La terre secoue le centre du Népal avec une force inouïe. Je suis sidéré, accroché aux nouvelles et aux réseaux sociaux durant des jours. Les images sont terribles : sur tout l’itinéraire de mon trek, je ne vois que maisons effondrées, villages dévastés, Népalais et randonneurs aux abois. Les appels aux dons se multiplient sur tous les canaux ; mais s’informer et verser un peu d’argent à distance ne font que marquer mon impuissance.
Je suis profondément bouleversé. Mon blog photo s’arrête net sur cette image du glacier du Langtang Lirung, ces séracs d’une beauté majestueuse qui, ce jour-là, s’abattront sans pitié sur le village de Langtang. La veille encore, les Langtangpa s’étaient réunis au monastère pour le Ghewa, la cérémonie bouddhiste en mémoire de leurs défunts, chantant et dansant tard dans la nuit. Le lendemain, en quelques secondes, l’écroulement du glacier emporta plus de trois cents vies, dont toute une communauté de villageois dévoués à héberger les voyageurs étrangers dans leur petit coin de paradis, qui s’est transformé en enfer ce jour-là.