
Ongzen Sherpa
La nuit à la lodge du dragon est ma première vraie nuit de trek. Et pourtant elle est tenue par des hindous de Manali dans l'Himachal Pradesh, petite ville touristique au pied de l'Himalaya. Un père, une jeune fille et une enfant. Impossible de comprendre ce qui les a poussés à s'établir si loin de chez eux, même si on peut supposer qu'ils ont de l'expérience dans le tourisme.
Ongzen Sherpa s'intéresse à la photo, et en particulier à mon appareil photo. Par rapport aux népalais rencontrés jusqu'ici, c'est une toute autre attitude, plus curieuse, plus intéressée à l'aspect financier. L'échoppe et le repas dénotent également d'un plus grand savoir-faire.

Stupa funéraire
Sur une arête en forêt sont alignés des petits stupas funéraires.


Petite pause
Une petite échoppe où discutent quelques personnes m'incite déjà à faire une petite pause, une heure à peine après mon départ. Sherab Hyolmo me présente fièrement sa culture, un ancien fait la pose dans toute sa sagesse.



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Face Sud

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Sermathang 2'600 m
Sermathang est un point de passage contrôlé pour le trekking. On y trouve également un petit office touristique et 4 temples (Urgyen Choling Gompa, Sangak Phuntsok Urgyen Choling Gompa; Tashi Choling Gompa; Padma Kundrol)

Majhuwa
Vue plongeante depuis le monastère sur un lieu intriguant le long de l'Indrawati, Majhuwa, à découvrir peut-être une fois sur le Panch Pokari trek.

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Thadepati
Lever matinal après une bonne nuit de sommeil. Premier matin avec une météo radieuse. La veille j'ai appris avec un guide népalais et deux français à jouer à un jeu de cartes local. L'itinéraire par la crête pour atteindre Ama Yangri a été discuté, et déconseillé. Les raisons invoquées me semblent douteuses, je sais que cet itinéraire est praticable et facile, mais parfois quand la vérité ne peut être dite, les népalais préfèrent sortir un mensonge un peu tiré par les cheveux. Au retour je lirai qu'il s'y trouve un camp militaire, d'où peut-être une explication.
Dans 3 jours je serai en face, à Thadepati (3'690 m), sur le chemin du col de Lauribina. Derrière ces sommets se trouve le fond de la vallée de Langtang, Bamboo lodges.

Stupa
Après avoir fait valider le permis de trekking, nous poursuivons notre chemin jusqu'à Tarkeghyang, qui est jalonné de stupas et monastères.

Monastère de Ghyangyul

Ghyangyul

Tarkeghyang Hotel

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La forme
Levé matinal, départ à l'aube à 3°C. Après 1h10 de marche, nous voilà au col à 3'200 m. Déjà 600m de dénivelé, c'est la grande forme aujourd'hui, même si le sac est léger puisque nous repasserons à la lodge sur le chemin du retour.

Ama Yangri Peak (3'750m)
Quel panorama, surtout au Nord et à l'Est, avec toujours le Gangchempo, pyramidal, et son grand frère le Dorje Lhakpa. A 10 h la luminosité est parfaite. Tout à l'Est le Gauri Chankar (7'134 m), le massif de l'Everest avec le Likhu Chuli. Je me demande si l'Everest ne serait pas caché quelque part. Je profite de la clarté pour photographier tout ça en détail, au retour je devrais m'y retrouver.


Dorje Lhakpa (6'966 m)
Le vent est encore modéré à cette heure, mais les drapeaux forment un cadre magnifique autour du Dorje Lhakpa (6'966 m).

Gaurishankar (7'134 m)
Le mythique Gaurishankar (7'134 m), ou Jomo Tseringma en tibétain, lieu de résidence des 5 sœurs de longue vie, dont Ama Yangri peut être considérée comme l'émanation de l'une d'entre elles, Tashi Tseringma.

Jabar Raï
Première photo de Jabar Raï, mon guide. Nous l'avons bien mérité, je crois aussi qu'il est rassuré par notre endurance du jour.

Forêt d'altitude
Sapins et rhododendrons : mes forêts fétiches de l'Himalaya, qui atteignent voire dépassent les 4'000 m d'altitude. Elles remplacent ici nos forêts européennes d'arolles et de mélèze en haute altitude (2'200 m environ), avant les pelouses alpines.

Murs en pierres sèches
Un petit air de Valais avec ces murs en pierres sèches ; manque plus que le raisin, le vin et le fromage. Curieux écho : en 1951, Ella Maillart franchissait ce même versant en cherchant sans cesse son Valais natal, jusqu’à comparer le fromage local, le chiri, au sérac de ses montagnes. Elle, elle descendait de Melamchi pour remonter ensuite à Tarkeghyang ; moi je fais le chemin exactement à l’envers. Sur ces étroits gradins, elle voyait “un laboureur [peinant] à faire faire un demi-tour à sa charrue tirée par un dzo”. Il est 16h15, la nuit tombe déjà et il nous reste à rejoindre Melamchigaon, que nous atteindrons un peu moins d’une heure plus tard. Ouf !

Himalaya Lama Lodge
La cuisine de la lodge, dans laquelle a eu lieu un très agréable souper, assis par terre au coin du feu avec la patronne, Jabar et un français.

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Village prospère
Il se dégage de ce village une forte impression de prospérité, où les terres agricoles sont sacrifiées pour que les maisons puissent s'espacer, pour que chacun s'y trouve à son aise dans son individualité, au contraire des villages traditionnellement serrés lorsque les conditions sont plus rudes et où seule la communauté est garante de la survie de chacun. C'est un lieu de rassemblement où les jeunes restent au pays pour leur scolarité, où les plus anciens construisent leur relative riche demeure, résultat de leur réussite économique et sociale. C'est du moins mon impression, forcément biaisée. Je n'ai finalement séjourné que quelques jours dans l'Helambu des Yolmopa, entre Sermathang, Ghangyul, Tarkeghyang et Melamchigaon.

Un peu d'histoire
Depuis deux générations, les villages Yolmo se sont construits sur un modèle où les principaux revenus sont gagnés à l'extérieur du pays, en Inde, au Moyen-Orient et en Occident. Il faut dire que cette ethnie est établie relativement récemment au Népal, ayant quitté les plateaux tibétains il y a deux à trois siècles environ. Leurs habitudes du nomadisme, du commerce ou de la transhumance ont certainement contribué à forger ce comportement. (Principalement extrait et interprété de Binod Pokharel, Adaptation and Identity of Yolmo)

Melamchigaon (2'550 m)
Melamchigaon est situé sur un magnifique plateau exposé au soleil levant. Comme Tarkhagyang, il semble déjà engourdi en attendant l'hiver, malgré un soleil matinal radieux. De nombreuses nouvelles maisons sont construites ou en construction, éparses, pour certaines avec des façades modernes colorées sous forme de fausses briques.

Internat
Une grande école avec un internat vient également d'y être construite, avec une vaste cour. Certains jeunes Yolmo de Kathmandu y passent une année scolaire. Jabar m'a demandé la veille au soir d'être prudent et de ne pas rester discuter avec les jeunes, merci mais je ne suis plus un gamin!

Tamangs
Les Tamangs, peuple indigène bouddhiste de cette région, se sont mêlés aux nouveaux arrivants, qui apportaient avec eux le prestige du bouddhisme tibétain des lamas. Certaines de leurs femmes marièrent des Yolmo, alors que globalement les Tamangs gardèrent leur statut d'agriculteur. Dans la région colonisée par les Yolmo, en altitude, il semble que progressivement une hiérarchie se soit installée, les Tamangs étant engagés comme paysan, ouvrier ou pour d'autres tâches, alors que les Yolmo exerçaient des tâches plus rentables. Depuis les années 1980 le tourisme a apporté une contribution supplémentaire à la prospérité de ces fiers peuples de montagne.

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Avalokiteshvara
Avalokiteshvara à quatre bras (Tchenrézi). Ses deux mains jointes au cœur tiennent le joyau qui exauce, tandis que les deux autres portent le rosaire et le lotus, symboles de sa compassion infinie pour les êtres. C’est la forme sous laquelle on récite le mantra le plus répandu de tout l’Himalaya, ce “Aum mani padme hum” qu’Ella Maillart traduisit par “Vénération au joyau dans le lotus”. De ce même bodhisattva descend la Kannon, très présente au Japon sous une forme féminine : une seule divinité, vénérée du Népal à l’Extrême-Orient, dont le nom signifie partout “celui ou celle qui entend les cris du monde”.

Melamchigaon
Un mariage se prépare au temple, “ghyang” en langue locale, mot tibétain qui désigne le monastère autour duquel le village s’est bâti. D’où les deux noms du lieu : Melamchi-gaon, “gaon” étant le village en népali, et Melamchi-ghyang. Un même nom décliné des hauteurs jusqu’à la vallée : la rivière Melamchi Khola, et la bourgade de Melamchi Bazar, ou Melamchi Pul, “le pont de Melamchi”, que j’ai franchi quatre jours plus tôt.

Le mariage
La cuisine s’active. J’ai rencontré la veille, sur le chemin un peu en dessous de Tarkeghyang, une colonne très animée d’une vingtaine de villageois en route pour la première partie du mariage. La cérémonie se tient sur deux jours, d’abord chez la mariée, puis chez le marié, ponctuée de chang, cette bière de millet qu’Ella Maillart goûtait en 1951 sans jamais s’y faire. Un mariage mobilise tout le village, hier comme aujourd’hui.

Petit ourson
Mon petit compagnon de route, souvenir de mes enfants restés à la maison, m’accompagne chaque jour du voyage. Je le perdrai quelques jours plus tard, oublié dans une échoppe au bord du chemin. Sur cette photo, il pose une dernière fois devant les montagnes.

Le moulin de Melamchigaon
Moulin traditionnel comme on en trouve au bord des ruisseaux, sa méthode est universelle. C’est probablement celui-là même qu’Ella Maillart croisa en 1951 juste avant d’entrer dans Melamchi, “une roue à aubes, deux pierres de meules, un primitif moulin au bord du torrent” qui lui annonçait la proximité du village. Sous les Alpes ou sous l’Himalaya, l’eau, la pierre et le grain content la même histoire.

Vers le lac sacré
Ce pont suspendu marque l’entrée du parc national du Langtang. Les activités y sont strictement réglementées, la faune et les forêts protégées. En 1951, Ella Maillart s’enfonçait dans ces mêmes montagnes pour gagner le lac sacré du Gosainkund. Elle racontait aussi comment cette vallée du Langtang, pour avoir choisi le Népal contre le Tibet en 1856, avait obtenu de conserver ses anciennes mœurs polyandres.

Le plateau idyllique
Vue sur Melamchigaon, ses maisons dispersées sur ce magnifique plateau. Je laisse le dernier village du pays Yolmo pour m’engager vers les lacs de Gosainkund. Ici prend fin le Helambu et la vallée de la Melamchi Khola : le chemin franchit la crête vers le bassin de la Trishuli et entre dans la région du Langtang. Aux villages bouddhistes yolmo succèdent peu à peu les hauteurs sauvages, jusqu’au col de Laurebina et aux lacs sacrés.

Entelles
Premier contact avec les langurs, ou entelles. Une communauté d’une trentaine d’individus se prélasse dans une clairière agricole apparemment délaissée. Des sentinelles bien placées m’empêchent de m’approcher trop près des petits qui batifolent.

Sentinelle
Dans l’hindouisme, les langurs sont vénérés comme l’incarnation du dieu-singe Hanuman, fidèle allié de Rama et symbole de force et de dévotion. Ce statut sacré les protège : on les nourrit volontiers et on les tolère malgré leurs incursions incessantes dans les champs et jusqu’aux abords des maisons. Ni vraiment sauvages ni domestiques, ils vivent à la lisière du monde des hommes.

Marches
Des marches de pierre cheminent sans discontinuer jusqu’au col de Thadepati à 3’690 m, dans une magnifique forêt qui me rappelle le Bhoutan. C’est une succession de tsugas, d’épicéas majestueux, et finalement de sapins blancs qui marquent la limite supérieure de la forêt. Les rhododendrons forment une strate arbustive dense et omniprésente en sous-bois. En 1951, Ella Maillart montait vers ce même col à travers ce qu’elle décrivait comme “la splendeur éblouissante d’une forêt de rhododendrons arborescents en fleur”. Plus haut, de grands genévriers cèdent progressivement la place aux landes alpines. Je rejoins le col après presque quatre heures d’effort depuis Melamchigaon.

Thadepati (3'690 m)
Le col de Thadepati (3’690 m) marque un changement de région. Je quitte le Helambu, dans le district de Sindhupalchok, pour la région de Ghyangphedi, dans le district de Nuwakot.
C’est aussi un changement de paysage radical : pour plusieurs jours, je quitte les zones agricoles et les forêts de conifères et chemine désormais en milieu alpin, entre 3’500 m et 4’500 m.
Au loin se découpe le col de Lauribina (4’620 m), avec Phedi (3’800 m) à sa base, ma prochaine étape.

Sumcho Top Lodge
Au col, l’accueil au Sumcho Top Lodge est digne d’une cabane suisse, organisation au top. Le panorama s’ouvre vers l’est, les premiers nuages bourgeonnent déjà, il est 15h. Je m’imagine oiseau, planer quelques mètres plus haut et voir pointer l’Everest.
C’est sur cet alpage du col, “bien au-dessus de la limite des forêts”, qu’Ella Maillart campa en 1951, laissant ses porteurs aux pieds nus l’attendre là plutôt que d’affronter la neige des hauteurs.
Moi j’ai le privilège de loger dans un gîte confortable, et qui plus est d’en être l’unique hôte.

Melungtse (7181), Gauri Shankar (7134), Choba Bamare (5'971), Kang Nachugo (6734)

Langue cotonneuse
L’humidité accumulée dans les basses terres remonte la vallée à la faveur de la fraîcheur du crépuscule.

Urking Kanggari (5'863 m)
Urking Kanggari (5'863 m). À sa droite, masqué, le col de Ganja La (5'130 m). Avec le col de Tilman plus à l'est, ce sont les deux passages d'altitude qui permettent de franchir cette barrière vers la haute vallée du Langtang.

Gangchempo (6'387 m)
Gangchempo (6'387 m), avec Tembathang (5'702 m) au premier plan. À son pied, le col de Tilman, ardu et périlleux, permet de rejoindre la haute vallée du Langtang. Il porte le nom de l'explorateur britannique Bill Tilman qui, le premier, reconnut la région en 1949, deux ans avant le passage d'Ella Maillart. Son guide n'était autre que Tenzing Norgay, futur premier vainqueur de l'Everest.
En empruntant le col de Laurebina, j'entreprends un détour de cinq jours pour rejoindre le haut Langtang.

Dorje Lhakpa (6'966 m)
De gauche à droite, Loenpo Gang (6'979 m), sur la frontière tibétaine, Dorje Lhakpa (6'966 m) et Dorje Lhakpa Li (6'563 m). Le Dorje Lhakpa, à la silhouette pyramidale reconnaissable entre toutes, est visible jusque depuis la vallée de Katmandou.

On ne s'en lasse pas
Depuis un peu plus d'une heure, la course du soleil et les remontées de nuages dans les plaines s'offrent en spectacle. Les sommets enneigés se couvrent progressivement d'or. Une scène immuable tissée d'instants qui passent et ne reviennent pas. Majestueux.

En attendant la lune
Le Jugal Himal (6'532 m) et le Phurbi Chyachu (6'637 m) marquent la limite est du Langtang et la frontière avec le Tibet. Le froid s'installe vite, mais il faut patienter pour le lever de la lune. Ma lampe de poche est restée au lodge : j'attends encore un peu.

Pleine lune
La lune se lève derrière le Phurbi Chyachu, une demi-heure après le coucher du soleil. Le jour s'éteint à l'ouest, l'aube nocturne prend le relais à l'est. L'œil s'habitue peu à peu à cette clarté subtile. Pleine ce soir, la lune baigne les crêtes d'une lumière froide, presque irréelle.

Clair de lune sur l'Himalaya
La lune prend de la hauteur et détache une à une les arêtes, jusqu'à l'Everest. Je tiens la forme, aucun souci physique, et les astres m'offrent un spectacle de toute beauté : je suis comblé. Des instants précieux, offerts presque sans contrepartie, sinon celle d'avoir voulu ce voyage et de l'avoir mené.

Constellation de villages
De retour au lodge, il est 20h45. La mer de brouillard s'est retirée et les lumières des villages tracent mon itinéraire des derniers jours : Tarkeghyang, Ghangyul, Sermathang. Une dernière photo en pose longue avant de me coucher, la température est étonnamment douce.