
Jabar Raï
Mon sac est prêt. A chaque fois ce sont de longues réflexions pour en limiter la taille, mais faire face à l'imprévu, sachant que pour 3 semaines je ne pourrai compter que sur moi-même pour l'essentiel.
Gobinda et le guide, Jabar Raï, me rendent visite peu avant midi. Aux premières paroles je me rends compte que la communication sera difficile, sa maîtrise de l'anglais est assez sommaire, pour ne pas dire plus.
L'ethnie Raï est l'une des plus anciennes du Népal. Ils vivent principalement au Nord-Est du Népal et représentent quelques pourcents seulement de la population. Aux origines du Népal, les Raï (Kirat) y ont constitué le premier royaume et détenu le pouvoir durant plusieurs siècles.
L'hôtel m'organise le transfert en taxi à Nagarkot où j'ai une nuit réservée à Country Villa. Je devrai encore m'organiser pour une seconde nuit sur place. Mon guide me rejoindra dans deux jours, normalement…

En route pour Nagarkot
La route n'a pas changé, elle est toujours aussi chaotique, et ceci malgré l'afflux de touristes chinois et les nouveaux hôtels luxueux construits sur ces collines qui constituent, à près de 2'000 m d'altitude, un magnifique belvédère sur la chaîne de l'Himalaya. Je découvre finalement Nagarkot, avec ses nombreuses échoppes et petits cafés où de nombreux jeunes citadins viennent passer des week-ends romantiques.

Country Villa Hotel
Magnifiquement situé à l'extrémité d'une crête, la qualité est au rendez-vous, que ce soit l'accueil, les services, la chambre. Seul internet qui est hors service.
Un coup d'œil en direction des vallées au Nord, et me voilà rassuré pour la descente à pied, l'itinéraire que j'ai prévu semble réalisable. Malgré la brume persistante, je distingue le cheminement sur une arête mal dessinée en contrebas.
Avec un estomac encore dérangé par la fête du mariage de Tendi, mon repas était frugal hier soir avec un plat de riz. Pourtant la carte et les buffets étaient particulièrement bien tenus. Ce matin mon estomac semble à nouveau fonctionnel.

Gangchenpo (6’387 m)
Le Gangchenpo (6'387 m) m'accompagnera jusqu'au Langtang. Son sommet conserve sa forme pyramidale quelle que soit la direction du point de vue.

Dorje Lhakpa
Plus haut que son voisin, le Dorje Lhakpa (6'966 m) veille comme un grand frère sur le Gangchenpo, toujours à ses côtés. Sa silhouette pyramidale est visible jusqu'à Kathmandu.

Hotel View Point
Toujours plus haut, difficile de savoir quelles sont les limites constructives pour augmenter la hauteur de la tour. L'hôtel a su conserver son charme suite à ses agrandissements successifs, la qualité y a gagné et l'accueil est convivial. Après y avoir fait la connaissance de Gyanjan Maharjan en 1994, puis y avoir passé une nuit avec Patrick en 1998 dans une sorte de bungalow, j'y retourne comme en pèlerinage.

Gyan Bahadur
Lors de mon passage en 1994, la famille de Gyan Bahadur vivait dans une modeste maison à cet endroit. Vingt ans plus tard, la maison a disparu, laissant place à des friches : le signe des difficultés que traverse le monde rural népalais, où beaucoup quittent la terre pour la ville ou l'étranger. Ces deux photos, prises du même point, sont un crève-cœur. L'ensemble des collines de Nagarkot porte d'ailleurs les traces de cette déprise agricole.

La descente
La descente depuis Nagarkot à 2'000 m jusqu'au fond de la vallée, en direction du nord vers Sipaghat à 700 m, au bord de l'Indrawati, ne figure sur aucun itinéraire de trekking. Pourtant, ce trajet mérite le détour tant les villages et les paysages agricoles qui se succèdent offrent une vision différente des treks de moyenne et haute montagne. Depuis Sipaghat, il est possible de retourner à Kathmandu par la route, ou de poursuivre vers le nord en bus jusqu'à Melamchi, point de départ de la montée vers le col de Lauribina, sur le chemin de l'un des tout premiers itinéraires de trek du Népal, celui de l'Helambu.
Avec le brouillard, il aura fallu abuser un peu de la confiance en soi pour rassurer mon guide Jabar, qui ne comprenait pas vraiment pourquoi se compliquer la vie avec ce trajet hasardeux. Mais il était là, à l'heure du départ, à huit heures et demie, ce qui ne va pas de soi au Népal.

Népal rural
Étonnamment, plus que partout ailleurs durant ma randonnée, mon cheminement m'aura laissé une telle impression de dépaysement. Est-ce le premier jour ? Est-ce ces chemins perdus au milieu d'une campagne presque ancestrale ? Est-ce cette puja (cérémonie) pour un jeune adolescent dont je n'ai pas compris le sens ?

Temple de Shiva
Petit temple sans prétention, dédié à Shiva, reconnaissable à son lingam. Shiva est l'une des trois grandes divinités de l'hindouisme, aux côtés de Brahma et Vishnu.

Ecole de Deupur
Petite intrusion dans le monde éducatif népalais.

Népal rural
Au fil des hameaux, ce sont surtout des femmes que je croise à l'ouvrage : le bétail, les récoltes, la maison. Les enfants à l'école, les hommes souvent partis travailler ailleurs.

Toit de chaume
Un charme d'un autre temps. Cette maisonnette semble avoir toujours été là.

Deupur
Vers Sipaghat et la plaine l'Indrawati, en suivant l'arête de Deupur.

Un village newar
Tout au long de la crête se succède un chapelet de hameaux newar. Maisons de terre serrées les unes contre les autres.

Maison newar
Une maison traditionnelle newar sur trois étages, qui mêle pierre, torchis et tôle ; les toits d'ardoise d'autrefois ont presque tous disparu. Le rez abrite le bétail et le grain. Au premier étage, les pièces de vie. Au deuxième, sous le toit, les combles. La base peinte en ocre, blanchie plus haut, est une finition traditionnelle, à la fois décorative et protectrice.

Au fil des jour
Le schéma se répète tout au long du chemin, mais je reste sous le charme de ces maisons pleines de vie, où chaque objet trahit une utilité, pratique ou religieuse. Seules une parabole et l'électricité contredisent l'apparente immuabilité de la tradition.

Au fil des champs
La randonnée se poursuit, entre champs de millet et maisons où la vie s'organise, indifférente à mon enthousiasme d'Occidental.

Maison Newar
Une magnifique maison newar sur quatre étages. Parfois, des demeures particulièrement cossues et rénovées tranchent avec le caractère agricole et plus modeste des autres habitations. Difficile de savoir d'où vient une telle aisance. Le système de caste reste très ancré au Népal : les Tamang, par exemple, y occupent une position inférieure, subordonnés aux Newar, et plus loin dans mon périple, aux Yolmo.

Hameau dans la verdure
À nouveau un petit hameau, fait de quelques maisons allongées qui abritent sûrement plusieurs familles. En descendant, la végétation se fait plus luxuriante.

Face à la mousson
Une vaste demeure aux longues galeries de bois, que le temps dégrade inexorablement. Je me promène par temps sec en décembre, mais une grande partie de l'année, le Népal est soumis à la mousson, qui ronge rapidement les structures naturelles. Si le randonneur peut trouver les toits de tôle plus disgracieux, on comprend aisément que ce matériau est presque une révolution dans ce monde rural.

L'autel de la maison
Ici, l'autel domestique est bien plus richement décoré ; une touffe de tulsi le couronne. On y lit les noms des dieux Vishnu et Ganesh, que l'on retrouve sous forme de statuette.
À gauche, un pieu de bois surmonté de statuettes rougies : probablement la divinité gardienne du foyer, que l'on dresse près de l'autel pour protéger les lieux.
À son pied repose un lingam de Shiva. La famille ou les proches viennent y faire une puja à certaines occasions, et des offrandes y sont probablement déposées chaque matin.

L'échoppe locale
Dans une petite échoppe des nouilles sont bien appréciées.

Ecoliers
Encore des écoliers que j'ai dérangés. Ils me suivent jusqu'à ce que je les prenne en photo.

Titre
Une famille semble garder ce temple hindou. Le mari, saoul ou fou, je ne le saurai pas, mais un peu encombrant : sa femme et sa mère ont su le raisonner pour qu'il quitte la scène.
Ce temple est dédié à Brahmani, l'une des sept mères guerrières, les Sapta Matrika, qui incarnent les énergies de la déesse-mère hindoue, Devi. Brahmani représente l'énergie du dieu Brahma, le créateur, dont elle est issue. La légende du temple veut qu'un jour une femme enceinte ait entendu un bruit dans le sol, sous son lit. Elle creusa et découvrit la tête de la déesse. On raconte qu'un tigre, monture de Devi, veille sur le temple durant la nuit.

Dahalthok
Dahalthok, situé à 1'000 m, est le dernier village avant d'atteindre la plaine de l'Indrawati. Le sentier serpente à travers le village, derrière les maisons principalement. De fait, je ne rencontre pas grand monde, on peut penser que ce cheminement à l'arrière des maisons est volontaire.

Au détour d'un chemin
Sur le côté de la piste, un villageois a pris possession du replat pour étaler, et profite des journées sèches de l'arrière-saison pour sécher et égrener son maïs.

L'Hidrawati
Nous attendons le bus. Pas d'horaire ici, il faut attendre : il arrive assez vite et, par chance, il reste deux places. Le long de la rivière, on prépare la terre au fumier pour les cultures d'hiver.
Une heure de route chaotique et nous voici à Melamchi, au confluent de l'Indrawati et de la Melamchi Khola, cette rivière que je remonterai bien plus haut dans quatre jours, du côté du pays Yolmo.
Les momos frits de l'hôtel River Side ne me laisseront pas un souvenir inoubliable.

Pont suspendu
En traversant la Melamchi Khola sur le pont suspendu, je ne me doute pas encore que le changement de culture sera radical. On quitte les villages tamang et newar des collines pour pénétrer sur les terres du peuple yolmo, d'origine tibétaine, qui forme une petite minorité avec sa propre langue. Il s'est installé récemment, il y a deux ou trois siècles seulement, venu de Kyirong pour gagner cette vallée cachée. Il s'agirait ni plus ni moins que l'un de ces beyul chers aux Tibétains, où Guru Rinpoché aurait médité.
Ah, alors le fil est tout tracé, et il vaut la peine de le tisser.
Voici la dernière phrase retravaillée pour ouvrir cet écho personnel :
Padmasambhava, ou Guru Rinpoché, le précieux maître, est ce missionnaire légendaire qui aurait porté au Tibet ses enseignements sous la forme du bouddhisme tantrique. Sa figure rayonne bien au-delà, jusqu'au Sikkim et au Bhoutan. C'est à Taktsang, le Nid du Tigre accroché à sa falaise au-dessus de Paro, que la tradition l'y fait méditer trois ans, porté jusque-là sur le dos d'une tigresse. D'une vallée cachée à l'autre, le même maître veille sur tout l'Himalaya.

Tallathok (1'500 m)
Après une première montée très raide, Tallakthot est le premier palier de cette bascule vers l'Helambu. La succession de collines qui s'étagent devant moi m'enchante, je me sens chez moi à des milliers de kilomètres de ma maison.

Bal Sudhar
À voir les regards intrigués des écolières et écoliers, les trekkeurs ont depuis longtemps déserté ces sentiers : l'Helambu, jadis prisé pour sa proximité avec Kathmandu, s'est vidé de ses marcheurs au profit des grands itinéraires de l'Annapurna et de l'Everest.

Promesses pour Toyko
Une affiche promet le Japon, le visa et du travail là-bas. C'est l'autre horizon de ces collines : la jeunesse qui s'en va. Des années plus tard, j'ai peut-être croisé un de ces gamins à Shin-Ōkubo, à Tokyo, ce petit Katmandou où aboutissent leurs rêves contrariés. Le pays vit pour une large part de l'argent que renvoient ses enfants exilés.

Tallathok (1'500 m)
Les dernières maisons de Tallathok, exposées au sud. Difficile de croire que dans quatre mois, une grande partie d'entre elles ne seront plus que décombres. Le 25 avril 2015, le séisme, magnitude 7,8, ravagera ces collines où je m'engage.

Les derniers bananiers
À cette altitude, le bananier pousse encore. C'est la dernière lisière des collines chaudes, avant la longue montée vers l'Helambu.

Vieille maison
La grand-mère ne verra sûrement jamais de tôles sur sa maison.

Bouddha et Saraswati
Sur le mur de l'école, le Bouddha et Saraswati, la déesse hindoue du savoir, peints côte à côte. Voilà le Népal que j'aime, ce mélange de traditions qui se côtoient depuis toujours, ou presque.

Le millet-doigt
Le millet mis à sécher, dernier grand travail de l'année avant l'hiver. De sa farine on fera, au choix, de la bouillie ou du raksi, cet alcool qui réchauffe les soirées fraîches de la saison qui vient.

Le taureau de Shiva
Nandi, le taureau de Shiva, sera le dernier témoin de l'hindouisme pour plusieurs jours. Je retrouverai Shiva, et son trident, à Gosainkund dans six jours.

Chörten tibétain
Avec ces stupas, ou chörten dans la culture tibétaine, nous entrons dans le monde bouddhiste. Shiva s'efface devant Shakyamuni, le Bouddha, l'éveillé, sans jamais tout à fait disparaître : les deux mondes se côtoient ici comme partout au Népal. Sous différentes formes, ces monuments m'accompagneront jusqu'à la fin de mon périple, à Swayambhunath, où l'hindouisme et le bouddhisme se retrouveront mêlés au-dessus de Kathmandu.

Les modestes yeux du Bouddha
Les yeux du Bouddha, pour la première fois de la montée. Ce chörten n'a pas la splendeur des grands stupas de la vallée : blanchi à la chaux, trapu, façonné par des mains de village, il annonce à sa manière modeste qu'on est bel et bien entré chez les Yolmo.

Palchowkghyang (2'000 m)
Nous atteignons les 2'000 m, le type de maison évolue lentement. Ces murs colorés en fausses briques sont une exception peu orthodoxe.



Dadathok
Je ne me lasse pas de ces terrasses et villages perchés sur quelque promontoire.

Newartol (1'800 m)
A l'image de Newartol (1'800 m), les villages situés sur le versant donnant sur la rivière de l'Indrawati sont beaucoup mieux exploités que sur le versant de la Melamchi Khola. Difficile à imaginer le travail titanesque pour aménager ces terrasses étroites, pour les exploiter et les entretenir.

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