15.05.2026 /
Marius Darbellay
Le rite des colosses
Au Kokugikan de Ryōgoku, les lutteurs montent sur le dohyō pour la cérémonie d’entrée. Ils frappent dans leurs mains et lèvent les bras, gestes hérités du sacré. Car le sumo ne fut pas d’abord un sport, mais un rite shintō, un combat offert aux kami dans les sanctuaires pour s’attirer de bonnes récoltes, et les chroniques en parlent déjà au VIIIᵉ siècle. De là viennent le sel qui purifie le ring, les saluts, et le toit suspendu au-dessus du dohyō, pareil à celui d’un sanctuaire. Nous y sommes, au Natsu Basho, le tournoi de mai, dans le haut lieu du sumo. La salle s’enflamme à chaque empoignade, on hurle le nom des favoris à chaque charge. Et cette année-là, le suspense tient jusqu’au bout : à égalité parfaite, Wakatakakage et l’ōzeki Kirishima doivent se départager en un ultime barrage, que Wakatakakage emporte d’une poussée, au terme d’un retour que personne n’attendait.