Bashō, le poète voyageur

Au bord d’un chemin où sont exposés des haïkus, une statue de bronze accueille le promeneur : Matsuo Bashō, le bâton à la main, le grand chapeau de paille posé près de lui. Bashō (1644-1694) est le maître du haïku, ce poème japonais minuscule de dix-sept syllabes réparties en trois vers de cinq, sept et cinq, qui saisit en un éclair une saison, une sensation, un instant qui passe. La règle veut presque toujours qu’un mot évoque la saison, et tout l’art consiste à dire beaucoup en disant très peu. Son poème le plus célèbre tient en trois images : une vieille mare, une grenouille qui plonge, le bruit de l’eau. Mais Bashō ne fut pas seulement poète, il fut marcheur. En 1689, il partit à pied vers le nord du Japon, cinq mois de route et près de deux mille quatre cents kilomètres dont il tira son chef-d’œuvre, Oku no hosomichi, « La Sente étroite du Bout-du-Monde », où le carnet de voyage et les poèmes se répondent. C’est ce voyageur que la statue célèbre, assis un instant comme pour reprendre son souffle entre deux haïkus, pendant que le chemin bordé de poèmes lui fait écho, trois siècles plus tard.