Le grand rideau

De face, le haiden d'Ōmiwa déploie son grand rideau blanc frappé de blasons, adossé à la verdure du mont sacré ; quelques fidèles traversent l'esplanade de gravier sous leur ombrelle. Ni statue ni faste : cette austérité sans la moindre trace bouddhique paraît immémoriale, elle date pourtant de 1868. Cette année-là, la restauration de Meiji met fin au long règne des shōguns et, pour fonder le nouvel État sur la divinité de l'empereur, fait du shintō la religion nationale en ordonnant de démêler partout les kami des bouddhas, mêlés depuis mille ans. Ici, les trois temples du pied du mont sont rasés, le Miwa-ryū aboli ; le même décret atteignit Konpira, à Kagawa, dont nous avions gravi les marches, où le vieux dieu bouddhique des marins devint lui aussi Ōmononushi. Derrière le rideau ne veille plus que la montagne, et le souvenir du Shingon.