28.05.2026 /
Marius Darbellay
Le Grand Bouddha de Nara
Et le voici enfin, quinze mètres de bronze assis dans la pénombre, la main levée pour dire de ne rien craindre, auréolé d'une nuée de petits bouddhas dorés. Un empereur le fit couler au VIIIe siècle pour conjurer les épidémies qui ravageaient le pays, et il fallut l'or, le cuivre et la peine d'une nation entière ; le jour où on lui ouvrit les yeux, un moine venu d'Inde en traça la pupille au pinceau, devant toute la cour. Ce Bouddha-soleil, Vairocana, est celui-là même que le Shingon de Kūkai place au cœur du monde, et le petit bouddha de bronze d'Asuka, le premier de tous, en fut le lointain aïeul. Devant cette masse sereine, on se tait, écrasé et apaisé à la fois.